Pour que chaque enfant arrive à l'école prêt à entreprendre avec succès son cheminement scolaire.

Un peu plus haut et un peu plus loin

La dernière page se tourne. Ça fait au moins 1000 fois qu’on me raconte l’histoire du petit lapin et du loup. Du haut de mes 4 ans, je voudrais que ce moment dure pour toujours. L’héroïne de l’histoire? Celle qui a parcouru inlassablement avec moi chacune des pages de ce petit livre, qui m’a traînée au théâtre, fait découvrir la beauté des toiles de Riopelle, initiée au jardinage et aux discussions politiques: ma grand-mère.

Un petit bout de femme née entre les deux Grandes guerres, qui a dû quitter la petite école avant même la fin de son primaire… pour ensuite obtenir un diplôme d’études secondaires une fois son dernier fils parti de la maison, à l’aube de la cinquantaine et déjà plusieurs fois grand-mère.

Diplôme en poche, tout un monde de lecture, d’écriture et de culture s’est alors ouvert à elle, et elle a souhaité partager le plaisir du savoir et de la découverte avec ses petits-enfants. Ce n’est qu’une fois diplômée à mon tour que j’ai pris la pleine mesure de l’ampleur de ce qu’elle avait réalisé.

L’éducation, une protection supplémentaire contre les aléas de la vie

D’instinct, ma grand-mère savait que l’éducation lui apporterait une meilleure qualité de vie pour elle-même, mais aussi pour sa famille. Par contre, ce qu’elle ne savait pas à l’époque, c’est que la recherche allait lui donner aujourd’hui entièrement raison.

La scolarité des parents, et plus particulièrement celle de la mère, est souvent étroitement associée au bien-être de l’enfant dès la grossesse. À titre d’exemple, nous savons désormais que plus la scolarité est faible, plus le risque d’accoucher prématurément ou d’un nouveau-né ayant un retard de croissance est élevé. La même tendance est observée quant au risque pour un jeune enfant de présenter une vulnérabilité au moment d’entrer à la maternelle.

Évidemment, ça ne veut pas dire que sans mère diplômée, les enfants sont condamnés à suivre une trajectoire difficile ou alors qu’une longue scolarité garantit le bien-être des jeunes enfants. Ça ne signifie pas non plus que l’éducation des pères n’a aucune influence sur le développement des enfants.

Il faut plutôt voir l’éducation comme une protection supplémentaire contre les aléas de la vie, un coffre à outils plus garni, plus particulièrement pour les femmes.

Au Québec, plusieurs jeunes femmes deviennent mère sans cette protection supplémentaire. En 2014, 6 % des naissances provenaient de mères sans diplôme d’études secondaires. Cette proportion est légèrement à la baisse pour l’ensemble du Québec, mais demeure tout de même élevée dans certaines de nos régions telles que le Nord-du-Québec, l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord.

Dans les médias, nous évoquons régulièrement notre inquiétude envers les garçons, qui sont effectivement plus nombreux à quitter l’école secondaire sans diplôme. Cela dit, les conséquences du décrochage scolaire sont plus marquées et plus durables chez les filles. En effet, elles sont plus nombreuses que les garçons à ne jamais reprendre le chemin de l’école après l’avoir abandonné, plus particulièrement après la naissance d’un enfant, et elles sont aussi plus nombreuses à demeurer emprisonnées dans le cycle de la pauvreté, parfois durant toute leur vie, bien souvent avec un ou plusieurs enfants à charge.

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